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Pourquoi je fais jouer mes élèves à un escape game sur leur propre attention
L’idée m’est venue après avoir constaté, encore et encore, qu’expliquer à un élève « tu dois faire un effort de concentration » ne servait strictement à rien. Les mots glissent. On peut répéter la phrase cent fois, elle reste abstraite, presque vide de sens pour un enfant ou un adolescent qui ne sait déjà pas très bien ce qui lui arrive quand il décroche. Ce qui reste vraiment, ce n’est jamais ce qu’on lui a dit. C’est ce qu’il a vécu lui même.
C’est de ce constat qu’est né l’escape game que j’utilise maintenant régulièrement en séance, et que j’ai fini par décliner en trois versions, une pour le primaire, une pour le collège, une pour le lycée. Parce qu’un enfant de CE2 et un lycéen de première ne butent pas du tout sur les mêmes choses, et qu’un escape game pensé pour l’un ennuierait ou perdrait complètement l’autre. Ce qui m’intéresse dans ce format, ce n’est pas le jeu pour le jeu. C’est qu’il met l’élève directement face à son propre fonctionnement attentionnel, en conditions réelles, plutôt que de le lui expliquer de l’extérieur.
Cette approche s’appuie sur un concept que le psychologue John Flavell a théorisé dès les années 1970, la métacognition, c’est à dire la capacité à observer et comprendre son propre fonctionnement mental. Ce n’est pas juste réfléchir, c’est réfléchir sur sa propre façon de réfléchir. Une méta analyse publiée en 2014 dans la revue PNAS par Freeman et ses collègues, qui a passé en revue plus de 200 études, a par ailleurs montré que l’apprentissage actif, celui où l’élève expérimente directement plutôt qu’il n’écoute passivement, améliore de façon significative les résultats par rapport à un cours purement descendant. C’est exactement ce que je cherche avec cet outil : ne rien expliquer à l’avance, laisser l’élève vivre lui même le moment où son attention lui échappe, puis en parler avec lui juste après, à chaud, pendant que c’est encore frais.
Avec le primaire, les enfants n’ont pas forcément le vocabulaire pour nommer ce qui leur arrive, alors je les aide en leur proposant des mots simples après coup, « tu étais concentré sur le jeu, et puis là, qu’est ce qui t’a fait regarder ailleurs ». Avec un petit groupe de CE2 CM1 que j’ai suivi ce printemps, l’un des enfants a fini par dire de lui même, en pointant la fenêtre du doigt, « c’est le camion, je l’ai entendu et après j’ai plus pensé qu’à ça ». C’est une phrase toute simple, mais c’est la première fois qu’il mettait des mots sur ce qui se passait dans sa tête quand il « n’écoutait plus » en classe.
C’est avec un groupe de 4e, en avril, que j’ai eu les retours les plus marquants. Avant l’escape game, quand je leur demandais pourquoi ils s’étaient trompés sur un exercice, la réponse était presque toujours la même, « je sais pas, j’ai pas réussi ». Après l’escape game, plusieurs d’entre eux ont commencé à utiliser des phrases beaucoup plus précises, « là j’ai été distrait par le bruit », « là j’ai perdu le fil parce que ça a duré trop longtemps », « je me suis précipité parce que j’avais peur de manquer de temps ». Ce vocabulaire là, une fois qu’ils l’ont, ils continuent à s’en servir bien après la séance, y compris pour parler de ce qui leur arrive en classe.
Avec les lycéens, on va encore plus loin, parce qu’à cet âge on peut vraiment discuter des mécanismes eux mêmes, pas seulement des ressentis. J’ai un souvenir très net d’un lycéen de première qui, juste après avoir vécu un moment de distraction pendant le jeu, a fait le lien tout seul, « en fait c’est exactement ce qui se passe quand je révise mes cours ». Ce genre de prise de conscience, en dix minutes d’escape game, aurait pris des semaines à obtenir avec des explications classiques.
Ce que je retiens de tout ça, séance après séance, groupe après groupe, c’est que la métacognition ne s’enseigne pas vraiment par la parole. Elle se construit dans l’expérience, puis elle se consolide quand on prend le temps d’en reparler juste après, à froid, avec les bons mots. L’escape game donne cette expérience concrète, et la discussion qui suit lui donne du sens.
C’est un outil que j’utilise tellement souvent en séance, et qui fonctionne tellement bien sur les trois tranches d’âge, que je l’ai intégré tel quel dans ma formation en ligne. On y retrouve les trois versions complètes, primaire, collège et lycée, prêtes à être utilisées directement, avec la trame de discussion à mener après le jeu pour que les élèves repartent vraiment avec des mots sur ce qui leur arrive. Ce n’est pas un outil théorique de plus à lire, c’est celui que j’utilise moi même chaque semaine sur le terrain.
Krausepedagogie.com
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